Les zones non-dégroupées, ou la fracture numérique moderne
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Freebox version 4Pendant longtemps, les décideurs politiques ont eu une image du déploiement ADSL comme un instrument à résorber la fameuse « fracture numérique« . D’ailleurs, certains y croient encore dur comme fer !

Dans les faits, c’est à peu près le contraire qui s’est produit…

Le Journal du Freenaute fait un point sur la situation de la France de l’Internet d’en bas !


Du temps de l’accès RTC/56k, tous les internautes étaient éligibles au même débit, faible certes.
L’arrivée de l’ADSL à marqué le début de la « discrimination » par rapport à l’emplacement géographique, et, dans un autre contexte, des qualités intrinsèques de la ligne téléphonique.
Deux clans se sont alors formés, séparés par un fossé technologique : les zones dégroupées, où le jeu de la libre concurrence a permit au consommateur de bénéficier d’offres très intéressantes, et les zones non-dégroupées, bastion de l’opérateur historique, qui propose alors une offre de revente dépassée, avec un coût de revient d’un autre âge.

ARCEPLa situation est telle que même l’ARCEP, le régulateur du monde des télécoms en France, constate l’absence de concurrence en zones non-dégroupées !

Lors d’une audition à l’Assemblée Nationale sur le thème de l’aménagement du territoire, voila ce qui a été déclaré :

La concurrence n’est cependant pas présente sur l’ensemble des territoires. Elle se développe en effet à partir des zones les plus denses. Aujourd’hui, elle concerne 50 % de la population environ.

Zones non-dégroupées : Internautes sous perfusion

Avant toute chose, définissons clairement le fonctionnement de l’ADSL en non-dégroupé, plus précisément de la Collecte IP/ADSL, la désormais célèbre CIPA.

Première étape obligatoire, aller voir cette tentative de schéma du réseau Free en non-dégroupé tel qu’il est dans la plupart des régions sur le blog free’Ze. C’est un petit peu technique, tout en restant assez accessible.

Sans trop s’avancer, il est tout à fait possible de dire que la CIPA est technologiquement dépassée, bien loin des moyens techniques mis en place par les FAI dégroupeurs.

Simple exemple bien gênant : les DSLAMs utilisés par France Télécom pour son offre de revente sont parfois remplis de bugs (impactant donc tous les FAI), dont la correction sur l’ensemble du parc met plusieurs mois, quand elle est possible

De plus, vu le contexte technique et économique (voir juste après) actuel, pouvoir proposer une offre incluant la télévision sur ADSL en zones non-dégroupées relève ni plus ni moins que du rêve.

A l’heure du triple play, voire du quadruple play, la CIPA ne permet donc pas de dépasser péniblement le dual play…

Les moyens techniques mis en oeuvre par FT ne sont pas non plus faramineux : la moitié des NRAs français sont fibrés, pour le reste c’est le drame : pings de 100ms, débit qui s’effondre parfois au minimum syndical (10 Ko/s) pour tous les abonnés du NRA, quelque soit le FAI, lors des périodes de pointe…
La qualité de service n’est donc pas vraiment au rendez-vous !

Pings depuis un NRA non-fibré
Ping d’une connexion IP/ADSL sur un NRA non-fibré

Du point de vue économique, un opérateur proposant une offre IP/ADSL doit passer à la caisse à plusieurs endroits :

  • pour la location de la ligne ADSL : ici, les prix sont contrôlés par le régulateur des Télécoms, l’ARCEP, et sont amenés à évoluer régulièrement.
  • pour le traffic consommé : voila la CIPA ! Ses prix sont prohibitifs (comme le disait le responsable des Affaires Réglementaires de Free, Alexandre Archambault, aller chercher 1 Mbit/s de traffic à Lyon coûte 4 fois plus cher qu’aller en chercher aux USA), et variant en fonction de ce qui est réélement consommé par les abonnés, de la taille du lien entre FT et l’opérateur…

Ainsi, pour un accès IP/ADSL Max, un FAI paiera 13.30€ de location de ligne, à laquelle il faudra donc rajouter le coût du traffic consommé (entre 210 et 240€ le Mbit/s consommé), les charges de l’entreprise, la TVA (a peu près 5€)…
Il apparait clairement que proposer une telle offre pour un prix de 30€ n’est pas vraiment interessant (comprendre rentable) pour les FAI !

Certains ont déjà prit la décision par le passé de se concentrer exclusivement sur les dégroupés, et depuis la situation n’a guère évoluée positivement :

  • les prix de la CIPA, fixés par FT, n’ont pas connu de révolution
  • le traffic consommé est en augmentation constante (usage de plus en plus important de logiciels de P2P), diversifications des usages de l’Internet (webradios, Google Video/Youtube) etc).
  • le nombre d’abonnés ADSL connait une croissance soutenue, même en zones non-dégroupées
  • les FAI, plus que jamais dans un contexte de concurence tendue, se battent sur les prix, mais surtout sur les débits.

Tous les ingrédients sont réunis pour assister à une mini implosion : c’est en partie ce qu’il s’est passé pour les Freenautes IP/ADSL de août 2005 à mars 2006, et qui arrive aux abonnés Club-Internet également.

Pour tenter de tenir un équilibre économique qui semble sérieusement compromis, certains FAI ont mis en place des moyens techniques permettant de limiter la facture de la CIPA.

En particulier, des « filtres » (ou plus techniquement parlant, une qualité de service défavorisant les applications P2P). Ces solutions temporaires provoquent bien entendu une grogne chez les abonnés impactés, et surtout ne résolvent en aucun cas le problème.

C’est ce qu’il semble être fait pour les non-dégroupés Freenautes depuis début juillet

Reconnaissant tout de même un avantage à la CIPA : celui de pouvoir faire bénéficier les habitants des « campagnes » d’un accès DSL (FT ne se prive d’ailleurs pas de le rapeller à grand coups de pubs), ce qui même avec les contraintes évoquées plus haut, est toujours mieux que de rester en RTC 😉

C’est d’ailleurs dans ce but que France Télécom à créé les fameuses chartes « Département Innovant », passées entre l’opérateur et les Conseils Généraux.

Chartes Département Innovants, qui n’ont d’innovants que le nom

France TélécomPour faire simple, FT s’engage alors à accélérer l’équipement en DSLAMs des ses NRAs, en échange de l’exclusivité (c’est à dire, pas de réseaux neutres financés par le Conseil Général) du Haut Débit dans le département (ainsi que quelques petits coups de pub à l’occasion pour bien faire comprendre que France Télécom sauve le monde).

Au final, quel est le bilan de cette charte, plus de deux ans après son lancement ?

Plus de la moitié des département l’ont signée. Du point du vue marketing/communication, un excellent point pour l’opérateur historique.

Mais également une excellente façon de se débarrasser simplement des vieux équipements (c’est à dire les cartes composant les DSLAMs) en service depuis de longues années dans les grandes villes : au lieu de les mettre au rebut, il suffit de les déplacer dans un NRA de « campagne » et tout le monde est content.

Les abonnés de ce NRA, qui auront accès à l’ADSL, les pouvoir publics, qui auront l’impression d’avoir trouvé la baguette magique pour faire disparaître la fracture numérique (quasiment) sans rien débourser, et France Télécom qui n’a pas à supporter le coût d’élimination des anciens équipements ainsi que l’achat de nouveaux pour les zones rurales !

Vision idyllique ? Tout à fait 🙂

Car les vieux DSLAMs, par définition, sont dépassés, même usés et obsolètes. C’est ainsi que l’on se retrouve avec une qualité de service très insuffisante, avec des équipements remplis de bugs !

La charte « département innovant » n’a donc d’innovant que le nom, et permet de donner l’illusion que l’opérateur historique se soucie au plus haut point des campagnes… Alors que la situation est pourtant à peine meilleure qu’a l’époque RTC !

Malgré cela, on trouve encore des élus pour qui cette solution est un rêve. Et le pire, c’est qu’ils le disent haut et fort, au milieu d’autres énormités…

Derniers exemple en date : Maurice Leroy, président du Conseil Général du Loir-et-Cher, et accessoirement vice-président de l’Assemblée Nationale.

Lui n’a pas hésité à déclarer au magazine PC Expert (Juin 2006) ceci :

Grâce à la Charte Département Innovants, j’ai résorbé la fracture numérique dans mon département, ceci sans que celà ne coûte un seul centime d’euros au Conseil Général. Le déploiement de l’ADSL a plus de six mois d’avance sur le calendrier initial. Désormais, l’ADSL arrive partout où c’est possible, de la ville de Blois au plus petit village […] J’estime que mon département présente désormais, du point de vue des infrastrutures télécoms, la même attractivité qu’un département de l’île-de-France.

Ici, soit M. Leroy vit dans une caverne en forme de Sagem Fast 800, soit c’est de l’ironie. Que va-t-il dire à ses administrés, s’étonnants de ne pouvoir bénéficier d’une connexion Internet performante, avec bouquet de télévision, dans « le plus petit village », alors que la fracture numérique est, selon ses dires, résorbée ? Qu’il faut attendre une charte « Départements très très innovants » ?

Quand à la dernière phrase, comparant l’équipement télécom du Loir-et-Cher à un département d’île-de-France, un simple regard sur des statistiques suffit à démontrer que c’est totalement faux.

Selon la documentation Frimousse, 15.58% des lignes téléphoniques de ce département (c’est à dire 2 NRAs en tout et pour tout) peuvent prétendre au dégroupage Free. C’est certes toujours mieux que certains départements bloqués à 0%, mais ce n’est rien comparé aux 45.74% affichés par le département le moins couvert d’île-de-France, la Seine et Marne !

Pour conclure ce dossier, que certains d’entre vous trouveront certainement pessimiste, il est important de rappeler que nombre des désagréments subis par les internautes non-dégroupés pourraient être évités, en se dotant d’une véritable politique Haut-Débit au niveau national.

Et celà pourrait passer par, comme c’est déjà le cas à Pau, Gonfreville l’Orcher ou encore Saint Jean de Maurienne (coucou Alex Modesto 😉 ), par une desserte en fibre optique jusqu’a l’abonné (FTTH).

Mais, plus proche de nous, est-ce que Free va indéfiniment continuer à vendre des offres ADSL en zones non-dégroupées, en y faisant des marges très faibles, voire en vendant parfois à perte ?

La question se pose plus que jamais maintenant.

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