Didi, l’Uber chinois, dans le collimateur de Pékin

Didi, l’Uber chinois, dans le collimateur de Pékin

« Après des recherches et des vérifications, il a été établi que l’application Didi Chuxing se trouve en infraction grave de la réglementation en matière de collecte et d’utilisation des données personnelles », a expliqué le régulateur, ajoutant qu’il demandait à l’entreprise de « corriger les problèmes existants » et de « protéger efficacement les informations personnelles des utilisateurs ». On ignore pour l’instant la nature des infractions reprochées, de même que la durée de l’enquête. D’après les règles de l’administration, celle-ci doit fournir un résultat initial sous quarante-cinq jours, sauf cas particulièrement complexes. En attendant, l’application continue de fonctionner pour les anciens utilisateurs.

 

Vaste campagne de régulation

Après avoir permis le développement de géants de la tech en faisant preuve, pendant des années, d’une grande tolérance législative à leur égard, la Chine mène, depuis l’automne 2020, une vaste campagne de régulation du secteur.

Ant Group, la filiale financière d’Alibaba, en a été la première victime, avec l’annulation au dernier moment de son introduction en Bourse, qui aurait pu être la plus importante de l’histoire. Cette fois-ci, le régulateur a laissé la mise sur le marché avoir lieu, mais le timing de l’annonce de cette enquête, seulement deux jours après les grands débuts de Didi à Wall Street, n’est pas anodin. Si certains suggèrent que Didi s’est dépêché pour lever des fonds avant d’être ciblé par Pékin, le régulateur a aussi pu réagir à cette introduction, la plus importante pour une entreprise chinoise depuis celle d’Alibaba en 2014. « Les entreprises qui entrent en Bourse à l’étranger et qui ont une position dominante attirent plus l’attention des régulateurs, mais cela ne me paraît pas unique à la Chine », souligne Bill Russo, spécialiste des questions de mobilité en Chine et fondateur du cabinet de conseil Automobility, à Shanghaï.

Cette politique s’est accélérée depuis le début de l’année, avec une succession d’enquêtes lancée dans trois directions à la fois : la fintech – sur fond d’inquiétude sur les risques financiers –, les pratiques anticoncurrentielles et les problèmes de collecte et de gestion des données personnelles.

 

Didi supprimée des magasins d’applications chinois

L’Administration chinoise a annoncé l’interdiction dimanche, citant des violations graves de la collecte et de l’utilisation d’informations personnelles par Didi Global Inc.

Concrètement, il n’est donc plus possible de télécharger l’application Didi en Chine, mais ceux qui ont téléchargé l’application avant l’interdiction peuvent toujours l’utiliser. Les actions de SoftBank Group Corp, l’un des plus gros actionnaires de Didi, chutent actuellement de plus de 5% à la Bourse de Tokyo, et il faudra sans doute s’attendre à un plongeon bien plus important pour l’action Didi au début des échanges de préouverture du NYSE demain. Rappelons en effet que les bourses US seront fermées aujourd’hui en raison d’un jour férié.

En ce qui concerna la réaction de Didi à ces décisions du gouvernement chinois, la société a déclaré qu’elle s’efforce de rectifier son application conformément aux exigences de Pékin, soulignant l’évidence en estimant que cette mesure réglementaire pourrait avoir « un impact négatif » sur ses revenus en Chine.

 

90 % du marché chinois des VTC

C’est un coup dur pour le champion chinois, qui a levé mercredi dernier 4,4 milliards de dollars lors d’une introduction fructueuse à la Bourse de New York . Fondé en 2012 par Cheng Wei, un ancien cadre d’Alibaba, Didi Chuxing contrôle environ 90 % du marché chinois des VTC, notamment depuis qu’il a chassé son rival américain Uber en 2016 au terme d’une guerre des prix impitoyable.

Disponible dans 15 pays, dont la Russie et l’Australie, l’application revendique 493 millions d’utilisateurs actifs annuels et 15 millions de chauffeurs actifs annuels, pour un chiffre d’affaires s’élevant en 2020 à 21,6 milliards de dollars. Didi a déclaré dans un communiqué que ce retrait des AppStores pourrait avoir un impact sur ce chiffre d’affaires, sans donner plus de précisions. Les utilisateurs de Didi ayant déjà téléchargé l’application peuvent continuer à l’utiliser.

 

Le « Uber chinois » dans le viseur

Pékin a déjà dans son viseur la populaire application Didi, sorte de « Uber chinois », dont le retrait des boutiques en ligne du pays a été ordonné dimanche. Les autorités ont évoqué « une violation grave de la réglementation en matière de collecte des données des utilisateurs » de l’application de VTC, ultradominante dans le pays. La firme a fait la semaine dernière son entrée à la Bourse de New York et a levé 4,4 milliards dollars (3,7 milliards d’euros) à cette occasion.

Fondé en 2012 par Cheng Wei, un ancien cadre du géant chinois du commerce en ligne Alibaba, Didi est disponible dans 15 pays, dont la Chine, la Russie et l’Australie. Elle domine le marché chinois des véhicules avec chauffeur depuis qu’elle a chassé son rival américain Uber en 2016 au terme d’une guerre des prix impitoyable. L’application revendique 493 millions d’utilisateurs actifs annuels et 15 millions de chauffeurs actifs annuels.

Protection des données : Après le VTC Didi, la Chine enquête sur deux autres géants de la tech

Jusqu’ici tolérante en matière de protection des données, Pékin serre la vis. Lundi, l’autorité chinoise de surveillance de la cybersécurité a lancé une enquête sur de potentiels « risques en matière de sécurité pour les données » à l’encontre de deux sociétés chinoises du numérique, cotées aux Etats-Unis. Il s’agit de Full Truck Alliance (qui possède deux applications de transport de fret et de réservation de camions — Yunmanman et Huochebang) et Kanzhun (propriétaire du champion de la recherche d’emploi BOSS Zhipin) Ces dernières n’ont plus le droit d’accepter de nouveaux utilisateurs le temps de cette enquête.

Les entreprises liées à l’Internet sont particulièrement dynamiques en Chine où une législation jusque-là relativement laxiste, en particulier sur les données, et l’absence de concurrents étrangers ont permis à des géants locaux d’émerger. Mais Pékin fait ces derniers mois preuve de davantage de fermeté à l’égard du secteur.

Deux autres sociétés ciblées

Didi est la cible la plus médiatisée de la récente offensive de Pékin, mais elle n’est pas la seule société technologique chinoise dans le collimateur. L’Administration chinoise du cyberespace a également décidé, lundi, l’ouverture d’enquêtes à l’encontre du site de recrutement en ligne détenu par Zhipin.com et des deux applications de transport routier contrôlés par Full Truck Alliance, deux sociétés chinoises qui se sont également introduites à Wall Street récemment. A l’instar de Didi, ces sociétés sont accusées d’avoir exploité illégalement les données, une nouvelle préoccupation forte de Pékin répondant aux attentes des consommateurs chinois.

Les entreprises Internet sont particulièrement dynamiques en Chine où une législation jusque-là relativement laxiste et l’absence de concurrents étrangers ont permis à des géants locaux d’émerger. Mais Pékin fait ces derniers mois preuve de davantage de fermeté à l’égard du secteur et a lancé des procédures à l’encontre de plusieurs entreprises, priées de « rectifier » des pratiques de moins en moins tolérées.

En novembre dernier, Jack Ma, l’emblématique fondateur d’Alibaba, avait été contraint de renoncer à la mise en Bourse géante de sa « fintech » Ant Group, après un revirement spectaculaire des autorités de marché. Quelques semaines plus tard, Alibaba s’était vu infliger une amende record de 2,8 milliards de dollars pour abus de position dominante tandis que Tencent (propriétaire de l’appli WeChat) est sous la menace d’une amende de 1,5 milliard de dollars au sujet d’acquisitions et de concentrations.

 

Arsenal renforcé

Pékin a décidé de muscler son arsenal réglementaire pour lutter notamment contre les pratiques monopolistiques et l’exploitation abusive des données. Plusieurs entreprises ont ainsi été visées par des enquêtes, voire pour certaines sanctionnées pour pratiques monopolistiques.

Cette mise au pas des géants de l’économie numérique (e-commerce, VTC…) et la lutte contre les monopoles témoignent de la volonté de reprise en main de l’économie numérique par les autorités en vue de promouvoir le « développement sain de l’économie de plateforme », régulièrement mentionné par les autorités de régulation, mais aussi par le président chinois Xi Jinping en personne.

nicolas75