TikTok devient l’application la plus téléchargée

TikTok devient l’application la plus téléchargée

L’année 2020 a été tourmentée pour TikTok. Prise au milieu de la guerre commerciale sino-américaine, l’application a été interdite en Inde et a failli subir le même sort aux États-Unis. Une année synonyme de marasme ? Pas à en croire la dernière étude du cabinet spécialisé dans l’analyse de données mobiles App Annie. En 2020, TikTok a été l’application la plus téléchargée au monde. Sur ce point, le réseau social dépasse ainsi Instagram, Facebook et WhatsApp classés respectivement en deuxième, troisième et quatrième position. Une première depuis la première étude d’App Annie en 2018.

 

En France, WhatsApp reste devant TikTok

Au-delà de témoigner de la résilience du réseau social du géant ByteDance, ce résultat prouve la capacité de TikTok à conquérir une nouvelle audience. Réputée pour réunir majoritairement de jeunes utilisateurs, la plateforme a su gagner un public plus âgé. Cette aptitude est boostée par le principe du réseau qui séduit : des vidéos courtes avec des effets faciles à monter. L’attrait pour le concept est tel qu’il a été copié, notamment par Instagram.

Le contexte de pandémie est également à prendre en compte. En effet, l’utilisation d’outils numériques, dont les réseaux sociaux, a été favorisée par les confinements. Au niveau mondial, les dépenses dans les applications battent des records. Au deuxième trimestre 2021, elles se sont élevées à 34 milliards de dollars. Soit une hausse de 7 milliards par rapport au deuxième trimestre 2020 et de 1 milliard par rapport au premier trimestre 2021.

Sur le classement français, TikTok se trouve au pied du podium, juste derrière WhatsApp. L’application de mode Shein occupe la seconde place et TousAntiCovid la première. Au Royaume-Uni et en Allemagne les premières applications du classement sont également directement liées à la pandémie.

 

Une IPO démentie pour ByteDance

Ce classement tombe quelques jours après l’annonce par certains médias, dont le Financial Times, d’un éventuel projet d’entrée en Bourse d’ici à 2022 pour ByteDance. TikTok a en effet généré 34 milliards de revenus en 2020, fort de ses 3 milliards de téléchargements depuis sa création. Mais ces rumeurs d’IPO ont depuis été démenties par un porte-parole de l’entreprise, probablement sous la pression des autorités chinoises qui voient généralement d’un très mauvais œil l’arrivée de ses fleurons sur les places financières étrangères.

En Chine, ce sont d’ailleurs logiquement les applications locales qui dominent le classement : Douyin, la version chinoise de TikTok, toujours par ByteDance, WeChat, le WhatsApp de Tencent, QG, une autre appli de messagerie instantanée… À l’échelle mondiale, on retrouve un autre acteur chinois avec Likee, un concurrent de TikTok.

En dehors de la Chine et de l’écosystème Facebook, on peut noter la résistance de Snapchat, souvent un peu oublié mais toujours présent à la sixième place du classement. Telegram, application de messagerie créée en Russie, mais désormais basée en Allemagne, profite quant à elle d’une demande plus forte que jamais pour la protection de la vie privée et prend la septième place. Elle a notamment été plébiscitée par les activistes hongkongais et thaïlandais luttant contre la répression et la censure en vigueur dans leurs pays. Pinterest et Twitter, deux vétérans du web social, ferment la marche dans ce top 10.

 

Deux étudiants chinois et le bruit d’une horloge

Tout a commencé en Chine en 2012, quand Zhang Yiming et Liang Rubo, alors étudiants de l’Université de Tianjin, décident de créer une plateforme en ligne qui recommande des informations aux utilisateurs en fonction de leurs centres d’intérêt.

 

En 2017, le concept est adapté à la vidéo et rebaptisé TikTok. Le nom n’a pas été choisi au hasard, il rappelle le bruit des horloges quand s’écoulent les secondes. Une façon de promettre l’instantanéité aux internautes.

Sur l’application, les vidéos durent au maximum une minute (puis 3 minutes en 2021) et peuvent être partagées indéfiniment, à l’inverse de Snapchat où elles disparaissent au bout de 24 heures.

Le concept, qui plaît beaucoup aux ados, permet une forte interaction, et les buzz planétaires ne tardent pas, comme avec les vidéos de Khaby Lame, cet Italien qui parodie les influenceurs.

Pourquoi ça marche si bien ?

TikTok a su capter un public jeune. En France, en 2020, 15 % des 16-24 ans disaient utiliser l’application selon une étude du site internet Diplomeo.com. Et TikTok a surgi à point nommé, Facebook étant délaissé par les adolescents qui ne veulent pas croiser leurs parents en ligne… Le concept entièrement visuel est parfaitement ancré dans la tendance vidéo, comme en témoigne le succès de YouTube.

Le réseau social compte également de nombreuses célébrités du monde du sport ou de la musique ce qui fédère également des communautés. Même les marques et les politiques s’y sont mis pour tenter de capter les 15-24 ans, comme la marque Haribo et ses vidéos sur ses bonbons Maoam, et le président français Emmanuel Macron qui a récemment utilisé TikTok pour répondre aux questions des internautes sur l’épidémie de Covid-19.

Enfin TikTok sait fort habilement capter et garder l’attention de ses abonnés. Selon une expérience menée par le Wall Street Journal, l’application cible les deux centres d’intérêt principaux des utilisateurs en fonction de leurs premiers clics pour maximiser le nombre de vues.

 

Un contenu adapté à l’utilisateur

Ce succès monstre a même inquiété Washington (États-Unis) : le réseau social a été accusé d’espionnage, en raison de son algorithme. « Chaque fois que vous interagissez avec des vidéos, TikTok va vous mettre en avant des vidéos qui correspondent, et toute la force c’est ça, d’avoir un contenu qui me concerne », explique Stéphane Bouillet, de l’agence Influence4you. L’application est d’ailleurs addictive pour ses utilisateurs. « On se dit qu’on va regarder deux ou trois vidéos, puis on passe 4 heures, on défile sur des sujets qui sont différents », explique un adepte. Les marques en profitent pour y faire leur publicité, et même le chef de l’État s’y est mis.

 

Derrière l’écran, l’ombre de Pékin

À l’été 2020, le succès de l’application n’a pas manqué d’agacer Donald Trump. « Pour la première fois, une application chinoise et non un dérivé d’un équivalent inventé aux États-Unis ou en Europe a séduit la jeunesse américaine », analyse Pascal Boniface, géopolitologue, dans son ouvrage Géopolitique de l’intelligence artificielle.

L’ancien président des États-Unis avait menacé de faire interdire l’application face aux interrogations sur les liens entre le gouvernement chinois et Bytedance, la maison mère de Twitter. Le débat reste ouvert concernant l’utilisation des données par la Chine.

 

Sébastien