Une panne historique de Facebook, Instagram et WhatsApp

Une panne historique de Facebook, Instagram et WhatsApp

Le flou et l’incertitude auront duré plus de six heures pour Facebook et des millions de personnes à travers le monde. Le réseau social ainsi qu’Instagram – son application de partage de photos –, WhatsApp et Messenger – ses applications de messagerie – sont revenus en ligne dans la nuit de lundi 4 à mardi 5 octobre, après une panne d’une longueur sans précédent pour le groupe californien, déjà très décrié.

Vers 0 h 30, heure de Paris, l’entreprise a prévenu, sur son compte Twitter, de la remise en ligne de ses applications et services, alors que l’incident avait commencé peu avant 18 heures, lundi.

Puis un communiqué de la société de Mark Zuckerberg a attribué ce blocage majeur de ses réseaux et messageries à un « changement de configuration défectueux » de ses serveurs.

« Les personnes et les entreprises dans le monde dépendent de nous pour rester connectés », a noté le groupe. « Nous présentons nos excuses à ceux qui ont été affectés », a-t-il ajouté, soit potentiellement plusieurs milliards de personnes selon divers experts en cybersécurité.

Grosse boulette lors d’une maintenance ?

Le directeur technique du géant de la distribution de contenu CloudFlare explique que des changements au niveau du protocole BGP (Border Gateway Protocol) ont été détectés juste avant l’apocalypse, vers 17h45 (heure de Paris). Il semble que les routes qui permettent d’aiguiller le trafic Internet aient été « retirées » par Facebook. Le patron de Cloudflare, Matthew Prince, juge, lui, qu’il s’agit a priori d’une erreur de maintenance et pas d’une cyberattaque géante.

Quand un internaute tape www.facebook.com dans son navigateur, le fournisseur d’accès à Internet interroge le système de gestion de nom de domaine (DNS) qui fait correspondre cette URL facile à retenir à une adresse IP chiffrée obscure (comme 31.13.71.1). Ensuite, les routes BGP permettent d’aiguiller le trafic Internet pour aller du domicile d’un internaute jusqu’à un data center de Facebook. Sans ces routes, les octets ne savent pas où aller, et Facebook.com est perdu dans les méandres du Net.

Ironie de l’affaire, le nom de domaine est brièvement apparu « à vendre » dans la soirée chez plusieurs gérants, dont DomainTools et GoDaddy. Domain Tools précise à 20 Minutes qu’un tiers a tenté de lister Facebook.com à la vente et avoir « par erreur » inclus ce résultat sur son site.

 

Une erreur interne ?

Plus tôt, plusieurs employés de Facebook, qui ont refusé d’être identifiés et avaient perdu accès à leurs propres outils en raison de la panne, ont déclaré à Reuters que la panne provenait selon eux d’une erreur interne sur l’acheminement du trafic vers les serveurs DNS (Domain Name System). Des experts en sécurité informatique ont estimé que la panne était probablement imputable à une erreur de configuration, sans doute en interne, sans écarter l’hypothèse théorique d’un sabotage. Une attaque venant de l’extérieur leur semblait beaucoup moins plausible, car supposant une coordination massive ou une technique très innovante.

 

Une erreur de configuration

Les malheurs de Facebook ont aussi fait le bonheur de ses concurrents. « Les inscriptions sont en forte hausse sur Signal (bienvenue tout le monde) », a ainsi écrit la messagerie réputée pour son cryptage des données. « Nous savons aussi ce que c’est de travailler pendant une panne et nous souhaitons bonne chance aux ingénieurs qui essaient de remettre les plateformes en ligne », a-t-elle ajouté. « Que faire maintenant ? Gmail », a suggéré le compte officiel de Google au Royaume-Uni.

Facebook a expliqué par un « changement de configuration erroné » la panne d’envergure mondiale qui a empêché pendant plusieurs heures lundi ses 3,5 milliards d’utilisateurs d’accéder au réseau social ainsi qu’à ses applications de partage de photos, Instagram, et de messagerie, WhatsApp. Le géant américain du numérique, qui a fait cette annonce dans un message sur son blog lundi soir, n’a pas précisé qui a opéré le changement de configuration et si celui-ci était planifié.

Chute de l’action en bourse

Si l’accès aux réseaux a été partiellement rétabli dans la soirée, des problèmes persistent. « Des ingénieurs de Facebook ont été envoyés par la compagnie dans les centres de données américains pour tenter de résoudre le problème, rapporte le site The Verge. Cela signifie que cette panne pourrait encore durer. »

L’incident a également touché les employés de la plate-forme. « C’est la pagaille ici, tous les systèmes internes sont en panne aussi », a déclaré, pendant la crise, une source anonyme à un journaliste d’Associated Press. « Les employés n’ont pas pu entrer dans les bâtiments ce matin alors même qu’ils voulaient commencer à évaluer l’étendue de la panne parce que leurs badges ne fonctionnaient pas », a ajouté une journaliste du New York Times.

A la Bourse de New York (Nasdaq), l’action Facebook, déjà en baisse en début de séance, a vu ses pertes s’accélérer ; elle cédait 4,89 % à la clôture lundi soir.

Le malheur de Facebook a fait le bonheur de ses concurrents. La messagerie Telegram est passée de la 56e à la 5e place des applications gratuites les plus téléchargées aux Etats-Unis, en un jour, selon le cabinet spécialisé SensorTower.

 

Un demi-million de dollars de perte par heure

Facebook, deuxième plus grande plate-forme publicitaire en ligne au monde, perdait environ 545.000 dollars (469.000 euros) par heure de revenus publicitaires pendant la panne, selon les estimations de la société Standard Media Index.

Le réseau social avait déjà subi des pannes de grande ampleur en mars et juillet derniers. Ces pannes avaient eu un impact très relatif à long-terme sur la croissance des revenus du groupe.

L’accès à Facebook, à Instagram, et à WhatsApp a été affecté lundi vers 16h00 GMT, avant que certains utilisateurs parviennent de nouveau à accéder au réseau social vers 21h45 GMT. Peu après le début de la panne, Facebook a admis les difficultés de ses utilisateurs, sans toutefois donner de précisions sur la nature du problème ni le nombre d’utilisateurs affectés.

 

Les intérêts financiers avant la sécurité des utilisateurs

Cette panne est survenue au lendemain de la prise de parole sur CBS d’une lanceuse d’alerte, ancienne employée de Facebook, accusant le réseau social aux près de 2 milliards d’utilisateurs actifs d’avoir privilégié ses intérêts aux dépens de ses abonnés et du contrôle des contenus haineux et de la désinformation.

L’action Facebook, déjà à la baisse à l’ouverture de Wall Street à la suite de ces propos, a perdu 4,90 % à la Bourse de New York, où l’ensemble des valeurs technologiques a été malmené dans un contexte de hausse des rendements obligataires. « A toutes les petites et grandes entreprises, familles et personnes qui dépendent de nous, je suis désolé », a écrit sur Twitter le directeur de la technologie de Facebook, Mike Schroepfer, ajoutant qu’il pourrait falloir du temps pour « revenir à 100% ».

Facebook, deuxième plus grande plate-forme publicitaire en ligne au monde, perdait environ 545 000 dollars (469 000 euros) par heure de revenus publicitaires pendant la panne, selon les estimations de la société Standard Media Index. Le réseau social avait déjà subi des pannes de grande ampleur en mars et juillet derniers. Ces pannes avaient eu un impact très relatif à long-terme sur la croissance des revenus du groupe.

L’accès à Facebook, à Instagram, et à WhatsApp a été affecté lundi 4 octobre vers 16 h GMT, avant que certains utilisateurs parviennent de nouveau à accéder au réseau social vers 21 h 45 GMT.

 

Chômage technique chez Facebook

Pour Facebook, la journée de lundi a tourné au cauchemar. Selon le New York Times, la plateforme de communication interne de l’entreprise, Workplace, était également H.S. Cela signifie que les employés ne recevaient plus d’emails et se sont retrouvés, pour certains, au chômage technique. D’autres, en télétravail depuis 18 mois à cause de la pandémie, n’auraient même pas pu utiliser leur badge pour venir jouer les pompiers au bureau – il n’est pas clair à ce stade si le système de contrôle d’accès aux bâtiments de Facebook dépend du Cloud.

Ce cafouillage tombe au mauvais moment pour Facebook. Ces derniers jors, une ex-employée a attaqué l’entreprise, accusée de dissimuler les effets négatifs d’Instagram et d’avoir contribué à planifier l’attaque du 6 janvier contre le Capitole. A Wall Street, le cours de Facebook, déjà en baisse en début de séance, a plongé de 5 %, faisant perdre 6 milliards de dollars à Mark Zuckerberg.

Le groupe nie une situation de monopole

L’incident devrait apporter de l’eau au moulin des détracteurs de la société californienne, car il démontre son immense emprise sur la vie quotidienne. D’après Downdetector, « des milliards d’utilisateurs ont été affectés ». L’impact est encore pire dans les nombreux pays où Facebook est « synonyme de “l’Internet” », ou pour les usagers qui se servent du réseau social pour accéder à d’autres services, souligne Jake Williams, cofondateur de BreachQuest, une entreprise de cybersécurité.

Facebook est d’ailleurs engagé dans une lutte juridique concernant une éventuelle situation de monopole. Le groupe a appelé, lundi, un juge fédéral à rejeter pour de bon les poursuites « sans preuves valables » de l’autorité américaine de la concurrence (FTC) qui soutient que Facebook a « illégalement racheté ou enterré les nouveaux innovateurs quand leur popularité devenait une menace existentielle », en référence à l’application Instagram et à la messagerie WhatsApp.

WhatsApp en panne, la bonne affaire pour Signal

Hier en fin d’après-midi, Facebook et ses services ont connu une panne mondiale qui a empêché les utilisateurs d’accéder au réseau social lui-même, mais aussi à Instagram et à WhatsApp. Une situation qui a permis à la concurrence d’exploser, avec notamment le retour de nombreux utilisateurs sur Twitter , mais aussi sur la plateforme de messagerie Signal.

En effet, après avoir connu un pic d’audience en début d’année lors des nouvelles conditions d’utilisation de WhatsApp, ce même Signal a de nouveau vu des utilisateurs affluer en masse hier soir, durant la panne du service concurrent.

Avec plus de 2,5 milliards de fidèles dans le monde, WhatsApp est devenu l’outil de communication principal pour de très nombreux utilisateurs. Hier soir, le service était en panne, et empêchait donc tout envoi/réception de message ou même de passer un appel vocal ou vidéo. Panique générale donc chez les utilisateurs, dont certains se sont empressés d’installer Signal.

Depuis, Facebook est parvenu à remettre en état de marche l’intégralité de ses services, et nul doute que la plupart de ceux qui ont migré temporairement sur Signal vont pouvoir revenir sur WhatsApp.

Au passage, rappelons qu’en cas de panne Messenger , WhatsApp ou Signal, il existe une solution, certes ancestrale, mais également simple et efficace pour communiquer par messages interposés sur nos smartphones : le bon vieux SMS.

 

Matthieu CHARRIER