La vision de Rani Assaf (Free) sur les réseaux IP et la diffusion de contenus
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Rani AssafLe Directeur Technique d’Iliad/Free, Rani Assaf (une nouvelle fois à la Une aujourd’hui) indique dans un message très complet et précis sa vision sur les réseaux IP et la diffusion de contenus. Il y explique l’organisation du réseau de Free et les problèmes posés par les sites Internet proposant du contenus vidéo.

Rani Assaf s’exprime longuement

Cette explication même si elle est complète n’est certainement pas à la portée de tous. Rani Assaf explique les aspects économiques liés aux communications échangées sur Internet. Ce message va certainement faire parler de lui dans les chaumières.

Le problème des plate formes de VoD en direct : trop de trafic

Alors que sur la liste un intervenant propose une la mutualisation des couts pour les points d’échange Internet, Rani Assaf lui réponds ainsi : “Le problème est le développement à grande vitesse des plateformes de diffusion de Video.

Ils ont en effet très largement contribué à l’augmentation de la bande passante utilisée par les internautes. Cette bande passante est dimensionnée de telle façon qu’elle est mutualisée entre les différentes connexions Internet. Ces nouveaux sites pourraient bien poser des problèmes de saturation de réseaux.

Rani Assaf affirme que le trafic généré vers Free d’une des plateformes de vidéo à la demande en direct est plus important que le trafic généré par Club-Internet ou bien Telecom Italia France (Alice) vers Free.: “un acteur qui en l’espace de 8 mois se met à générer plus de trafic vers Free qu’un Club-Internet ou Telecom Italia France, je ne peux pas rester indifférent.”

Les différents types de plates formes de Vidéo à la demande

Rani Assaf différencie 2 types de plateforme de diffusion vidéo : la Vidéo à la demande (VoD) en téléchargement et lecture différée (comme le P2P et Web nous dit-il) et diffusion de vidéo (ou de contenu plus généralement) à la demande en direct (streaming).

Il explique d’ailleurs que c’est la diffusion en direct de contenu qui fait d’ailleurs tant de bruit aux États Unis sur la neutralité de l’Internet : “C’est cette deuxième catégorie qui fait débat actuellement (voir les histoires sur la “net neutrality” aux US) car elle a la particularité de nécessité une garantie de débit de l’encodeur jusqu’à l’abonné (si le flux est encodé à 4Mbps et que la BP dispo end-to-end n’est que de 3Mbps,ça va pas le faire). Et tout le problème est de savoir comment arriver à garantir ce débit end-to-end et surtout qui doit réaliser et financer les investissements nécessaires.”

Ensuite il dit distinguer 2 sous-catégories dans la diffusion de contenu en direct : “1) Les plateformes de VoD payantes sur le web (Canalplay, TF1, M6, RTL, etc)” et “2) Les plateformes de diffusion gratuites (Youtube, Dailymotion pour ne citer qu’elles)”.

L’aspect économique

Il affirme les entreprises comme YouTube ou DailyMotion ont un modèle économique qui repose principalement sur la publicité. Mais pour lui Web 2.0 n’est pas forcément synonyme de bulle2.0.” Cette affirmation vient alimenter le débat actuel sur la toile à ce sujet.

Rani Assaf estime que les coûts générés par cette augmentation de la bande passante doivent bien être un jour ponctionnés quelque part. L’opérateur (ici Free) ne pourra pas baisser ses marges à mesure que le trafic augmente. Il doit donc faire supporter ces coûts soit au client soit au diffuseur (qui se fait de l’argent “sur le dos” du FAI en utilisant son réseau diront certains) soit gagner de l’argent avec de la publicité.

Pour Rani Assaf, les coûts générés par ces plateformes vidéo doivent être payés par les fournisseurs de contenu (plateformes vidéo).

Les diffuseurs invités à participer au financement, au dépend de la neutralité des réseaux ?

Certains verront dans le message de Rani Assaf une remise en cause de la neutralité d’Internet ou plus particulièrement du réseau de Free.

Mais le constat établi est simple : les diffuseurs de contenus ne peuvent pas “abuser” infiniment du réseau des FAI “à leur insu”. Ceux qui proposent du contenu à grande échelle et “empruntent” les réseaux des FAI doivent désormais contribuer à la construction du réseau jusqu’à l’abonné sous peine de ne plus pouvoir bénéficier du réseau dans les mêmes conditions.

Une orientation similaire a été exprimée par le président de l’ARCEP, Paul Champsaur, il y a peu. En effet, pour lui, les éditeurs de contenus doivent participer au financement du chantier du très haut débit (cf. article de La Tribune : L’Arcep préconise une mutualisation des coûts dans le déploiement du très haut débit en France).

Message de Rani Assaf sur la liste de diffusion publique frnog:

Subject : Re: [FRnOG] Re: [FRnOG] Re : [FRnOG] Re: [FRnOG] RE : [FRnOG] Content Delivery Network (CDN) à la francaise
From : Rani Assaf
Date : Thu, 30 Nov 2006 08:52:16 -0800

Bonsoir,

On Wed, Nov 29, 2006 at 01:34:21PM +0100, Marc-Frederic GOMEZ - CTN1 wrote:
> Que pensez de l’idée d’un GIE sur les points d’échanges pour qu’il ne
> soit plus à la charge unique des opérateurs mais de l’ensemble de la
> communautée (FAI, Hebergeurs…)?

Le coût du point d’échange en soi est marginal. Ce n’est pas ça qui pose
problème aujourd’hui.

Le problème est le développement à grande vitesse des plateformes de
diffusion de Video.

On peut distinguer 2 catégories de plateformes:

1) téléchargement et là ça rejoint les mêmes problématiques que le p2p et
le web donc à la limite on s’en fout (si un peering est saturé, ça
prendra plus de tps à télécharger mais c’est pas si grave).

2) streaming live de contenus.

C’est cette deuxième catégorie qui fait débat actuellement (voir les
histoires sur la “net neutrality” aux US) car elle a la particularité de
nécessité une garantie de débit de l’encodeur jusqu’à l’abonné (si le
flux est encodé à 4Mbps et que la BP dispo end-to-end n’est que de 3Mbps,
ça va pas le faire).

Et tout le problème est de savoir comment arriver à garantir ce débit
end-to-end et surtout qui doit réaliser et financer les investissements
nécessaires.

Perso, je distingue 2 sous-catégories:

1) Les plateformes de VoD payantes sur le web (Canalplay, TF1, M6, RTL,
etc), en gros les plateformes réalisées par les professionnels du
monde des media que ça soit les chaînes de TV ou les studio en direct.
Ces plateformes sont un non-sens total et finiront par disparaitre
car elles auront tôt ou tard toutes vocation à terminer en diffusion
sur les plateformes de VoD développées et mise en place par chaque
opérateur sur son réseau. A charge de l’opérateur alors de garantir,
moyennant rémunération, l’accès dans de bonnes conditions à ces
contenus.

2) Les plateformes de diffusion gratuites (Youtube, Dailymotion pour ne
citer qu’elles) qui espèrent vivre des revenus publicitaires et dont
les contenus sont réalisés (et souvent rippés à partir d’un dvd/cd?)
par les internautes. Le business model de ces boites est principalement
basé sur les revenus publicitaires (cette phrase doit rappeler pas
mal de souvenirs à ceux qui étaient là en 1999/2000)

Perso, je ne suis pas là pour juger le modèle ni de l’un ni de l’autre.
Ce qui n’a pas marché en 1999 marchera peut-être en 2006, et le web2.0
n’est pas forcément synonyme de bulle2.0.

Par contre, j’ai l’intégrité d’un réseau à garantir et quand je vois
apparaitre un acteur qui en l’espace de 8 mois se met à générer plus de
trafic vers Free qu’un Club-Internet ou Telecom Italia France, je ne peux
pas rester indifférent.

Ici, un petit rappel de l’état du PIF s’impose. En France, jusqu’à
présent, nous avions une singularité par rapport aux autres pays: 45% des
abonnés haut-débits (qui représentent probablement 55% du trafic total)
étaient accessibles via des peerings gratuits puisque l’ensemble des
acteurs hormis FT et AOL avaient, à ma connaissance, une politique de
peering ouverte.

Or, de petits hébergeurs/opérateurs ont fini par trop abuser de cette
situation en vendant aux 2 catégories ci-dessus la bande passante a des
prix délirants en se disant “je vais payer plein pot mon trafic vers FT,
AOL c’est pas si gros et derrière j’ai plus de la moitié du trafic que
j’écoule gratos donc frontalement je peux casser le prix du Mbps”. On est
tous du métier et on connait tous ce que ce sont les coûts pour aller
louer quelques m² à Redbus (surtout avant l’augmentation des prix ;), de
mettre 40 serveurs par baie, un switch et tirer une fibre vers le Freeix
ou le Panap….

On (Free mais je crois savoir qu’on est pas les seuls) a décidé de
prendre les devants et d’arrêter cette dérive avant que ça ne soit
dangereux. A l’heure où j’écris, le trafic d’un dailymotion ou un youtube
reste négligeable par rapport à ce qu’on fait en interne (la VoD chez
nous par exemple, c’est des dizaines de Gbps qui viennent se rajouter à
tout le reste en soirée) mais la croissance de leur trafic est clairement
inquiétante.

Quand Free, pour sa propre plateforme de VoD (qui je le rappelle est
payante et génère des millions d’euros de CA), doit investir dans des
POPs régionaux pour clusteriser la plateforme, est-ce normal de véhiculer
gratuitement les flux des autres à partir d’un point central de
livraison?

J’entends déjà revenir la remarque “oui, ben vous n’aviez qu’à ne pas
annoncer 20Mbps ou 28Mbps” (et 100Mbps même pour certains depuis hier ;).

Un réseau est forcément construit de manière statistique avec des effets
de mutualisation à tous les niveaux:

- entre le dslam et le switch dans le NRA (si tous les abonnés d’un dslam
tiraient 20Mbps, le malheureux Gbps du dslam va avoir du mal)
- entre le NRA et le POP Regional/Backbone
- entre le POP Regional et le Backbone Parisien
- entre le backbone parisien et l’opérateur de contenu (liens de peerings)
- les serveurs de contenus eux-même (si demain soir, 12 millions
d’internautes venaient à se connecter sur un même site web, je pense
ne pas me tromper en disant que la plateforme d’hébergement part en
vrille)

Il est dimensionné en fonction des usages et des services proposés. Quand
les usages ou les services proposés changement drastiquement, alors les
règles de dimensionnement doivent être forcément revues et ceci induit
donc forcément des coûts.

Ces coûts, il y a 3 acteurs dans la chaînes qui peuvent les supporter
et/ou les partager:

1) Celui qui a créé le nouvel usage (dans le cas qui nous intéresse, le
fournisseur de contenu)
2) L’opérateur
3) Le client final

L’opérateur, s’il devait supporter les coûts, ceci voudrait dire faire
baisser sa marge (oh le gros mot!). Et s’il ne veut pas la faire baisser,
il finira tôt ou tard par faire payer le client final…. _tous_ ses
clients même ceux qui n’utilisent pas les services de 1).

L’autre solution, qui me semble plus juste, est que l’opérateur répercute
directement à 1) les coûts et à charge de ce dernier de trouver le modèle
financier qui lui permet d’être rentable (encore un gros mot!) soit en
facturant directement 3) soit en trouvant les revenus publicitaires qui
vont bien.

Enfin, le fournisseur de contenu, s’il pense que l’opérateur se fout de
sa gueule et lui vend cher la bande passante pour la terminaison du
trafic alors là il n’a qu’à investir dans un backbone national et amener
le trafic au plus près du client final et il sera en droit de réclamer
des tarifs moins élevés.

C’est exactement comme pour les interconnexions voix: vous pouvez vous
interconnecter avec France Telecom au niveau des centres de transit (PRO)
ou alors descendre jusqu’aux CAA et payer moins cher la terminaison.

A+
Rani

—————————
Liste de diffusion du FRnOG
http://www.frnog.org/

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